Jo-Wilfried Tsonga, 38e mondial, réalise à l'Open d'Australie son plus beau parcours dans un Grand Chelem. « Un rêve », dit-il. Dont deux années de blessures à répétition ont pourtant failli le priver.
Le show, j'ai toujours aimé ça. » Jo-Wilfried Tsonga ne s'en cache pas. Mais en cette fin de mois de janvier à Melbourne, son petit rituel d'après-match pouces dressés dans le dos façon basketteur américain, sa manière bien à lui d'enflammer le stade à grands coups de « Allez, là ! » gros match après gros match, sa façon de communier avec les spectateurs, ont revêtu une signification bien particulière. « Je suis juste content, explique simplement l'élève d'Eric Winogradsky. J'ai envie de partager avec tout le monde cette joie, de ne pas en laisser une miette. » Car il n'a que vingt-deux ans, mais « Jo » a déjà une expérience que toute une vie de joueur pro ne suffirait probablement pas à faire entrevoir à la majorité d'entre eux. « Ah ça, c'est sûr, souffle-t-il. Du haut de mes vingt-deux ans, mine de rien, j'ai déjà pas mal d'expérience. Aujourd'hui, je sais pourquoi je travaille dur, pourquoi j'ai fait tous ces sacrifices et pourquoi je joue au tennis. »
Parce que le grand public, et notamment les spectateurs australiens totalement « crazy » du petit Frenchie qui les régale de ses coups de raquette « spatiaux » (c'est lui qui le dit), le découvre peut-être, mais dans une autre vie, chez les juniors, « Jo » avait déjà été une petite vedette. Jusqu'à ce qu'une série de blessures au dos l'empêche de suivre les traces de Marcos Baghdatis, son grand rival pour la place de n°1 mondial de la catégorie en 2003. « Le fait d'avoir été blessé m'a beaucoup endurci, reconnaît aujourd'hui celui qui est devenu le sixième Français de l'ère open à se qualifier pour la finale d'un tournoi majeur. Cela m'a aussi permis de me rendre compte que l'on fait un métier de privilégiés. Quoi de plus beau en effet que de pouvoir s'exprimer devant autant de gens ? »
Un Tsonga nouveau est arrivé
Avant de gagner le droit de briller en Grand Chelem, à Wimbledon d'abord, où il a l'an dernier atteint les huitièmes de finale, seulement stoppé par son copain Richard Gasquet, puis à Melbourne, Jo-Wilfried Tsonga a dû surmonter les pépins physiques, d'abord, puis réapprendre à grimper une à une les marches du circuit pro. Il en a profité pour devenir un meilleur joueur, mais aussi un meilleur homme. « Ces deux années de galère m'ont changé, affirme-t-il. Peut-être que sans ça, je ne serais pas là où je suis aujourd'hui. Dans la vie, c'est comme ça : les choses n'arrivent pas toutes seules. Quand on les veut, il faut aller les chercher. » Désormais, Jo-Wilfried Tsonga est à l'image de son jeu. Il va vers l'avant. |